Le Lichen chez l'enfant

 Lorsque le lichen scléreux se présente chez l'enfant, l'aspect peut être confondu avec un abus sexuel. Avec le temps, les tissus atteints deviennent atrophiques, amincis, hypopigmentés (il peut y avoir des plages d'hyperpigmentation post-inflammatoires), fissurés, squameux. Il existe des formes hyperkératosiques et fibreuses.

Le LS débute dans 7 à 10 % des cas pendant l’enfance. Exceptionnel avant l’âge de 2 ans, il touche les fillettes âgées de 3 à 7 ans et apparaît dans 52 % des cas avant l’âge de 5 ans. Le retard diagnostique, fréquent et important, est estimé entre 2 et 3 ans après le début du LS, les fillettes ayant souvent consulté plusieurs praticiens (généralistes, pédiatres, gynécologues, gastro-entérologues, etc.) et ayant recommandé l’application de nombreux topiques.

Pourtant, comme chez l’adulte, le prurit est le signe d’appel le plus fréquent présent dans plus de 60 % des cas. La coloration blanc nacré de la muqueuse, englobant la région vulvaire et périanale sous la forme d’un 8 ou d’un sablier, constitue l’aspect clinique le plus évocateur.

Certaines particularités sont toutefois propres à l’enfant. Ainsi, la constipation, parfois sévère, souvent associée à d’autres symptômes digestifs, n’est pas rare, constituant un signe d’appel trompeur. Elle est liée à la présence de fissures anales, particulièrement fréquentes chez l’enfant, responsables de douleurs à la défécation et d’une constipation secondaire réflexe. Les fissures peuvent aussi être responsables d’une dysurie (miction douloureuse de type brûlure). Les hémorragies sous-épithéliales en nappe, parfois révélatrices et présentes dans 60 % des cas, sont plus fréquentes que chez l’adulte. Associées à des fissures et/ou des érosions, elles peuvent faire suspecter à tort des sévices sexuels.

S’il est admis que le LS n’est pas lié à des sévices sexuels, l’un et l’autre peuvent cependant être associés.  L’atrophie de la vulve et les modifications des reliefs anatomiques sont rares et parfois difficiles à affirmer sur une vulve prépubère. La fusion des petites lèvres peut être observée.

96 Cas clinique protrusion pyramidale périanale a également été individualisée comme un signe de LS qui, chez l’enfant, atteint la région périanale dans 45 % des cas. La biopsie n’est pas indispensable pour établir le diagnostic. En revanche, il ne faut pas hésiter à pratiquer des prélèvements bactériologiques et mycologiques devant un aspect inflammatoire:

les surinfections bactériennes, principalement à streptocoque, sont en effet fréquentes tandis que les candidoses sont nettement plus rares

 - Les dermocorticoïdes puissants, de classe I ou II, constituent le traitement de référence. Ils seront appliqués quotidiennement pendant 1 à 2 mois en phase d’attaque, puis espacés en 3 à 6 mois afin de limiter les récidives. Comme chez l’adulte, les effets indésirables – à type de brûlure au moment de l’application, de dermite aux corticoïdes en région périanale peuvent arriver.

- La chirurgie, réservée aux formes compliquées d’une modification anatomique de la vulve telle qu’une bride vestibulaire postérieure ou une sténose orificielle, semble devoir être proposée avant le début de la vie sexuelle.

L’évolution à long terme n’est pas clairement connue. Les récidives, fréquentes, tardives et parfois asymptomatiques, ainsi que le risque carcinologique qui s’élève avec l’âge, conduisent à proposer une surveillance annuelle à long terme.